Rainbow babies 03.07.17

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[…]

— Mais je ne te demande pas ça ! Je veux juste qu’on reste là, comme on était avant tout ça. Tu débloques depuis que tu as perdu le bébé… tu pleures, tu ris, tu éclates, tu déprimes, tu ne sais plus où tu habites… Il faudrait que tu ailles voir quelqu’un, Alice, pour te retrouver…

— Me retrouver ? Me retrouver ? Mais tu ne comprends rien ! ! !

Je viens de hurler, je suis en train d’exploser :

— Comment veux-tu que je me retrouve ? ? Je me suis perdue quand je l’ai perdue et je ne me retrouverai jamais ! Tu entends ? Jamais ! Celle que j’étais est partie en fumée comme elle quand ils l’ont incinérée. Tu crois quoi ? Tu crois comme tous, tous, tous les autres qu’une fois que c’est terminé on n’y pense plus, on oublie, c’est derrière nous, c’est enterré, brûlé, en cendres, évaporé, envoyé dans le ciel et c’est fini. Mais ce manque il est là pour toujours, et toi tu me dis que je débloque ! Mais est-ce que tu peux imaginer ce que c’est de vivre avec cette ombre d’enfant accrochée sans arrêt à ta main, et tu ne peux pas la laisser partir et tu voudrais, mais c’est impossible, parce que cette ombre c’est tout ce qui te reste d’elle. Alors oui, excuse-moi si tu crois que je débloque, mais effectivement ça m’a complètement ravagée d’entendre tous ces bébés arriver plein de vie dans les salles d’accouchements voisines, pendant que moi je mettais au monde notre fille morte avant d’avoir vécu. Tout ça parce que quelques chromosomes se sont mélangés les pinceaux ! Je ne peux pas ne plus y penser. Ne me demande pas de ne plus y penser. Et ne me demande pas de me retrouver, c’est impossible après ça de redevenir celle que j’étais !

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Je vous donne quelques nouvelles de mon livre sur les bébés arc-en-ciel. Entre les dédicaces, la promotion, mes journées de 30 heures (je vous assure que c’est possible !), j’arrive à écrire (un peu).

Je vous avoue que cela n’a pas été forcément évident d’écrire sur Alice, sur son deuil si compliqué et sur le contrôle constant de ses émotions pour se protéger.

Je vous avoue même que cela a été carrément douloureux de m’assoir devant mon ordinateur et de me plonger tous les jours dans ces émotions qui sont un peu comme des vagues scélérates en moi.

Depuis que j’écris sur le sujet, je lutte contre ce torrent d’émotion si profond, je lutte de toutes mes forces. C’est de la résistance. De la résistance à l’écriture. C’est très nouveau pour moi qui me vante souvent de pouvoir écrire en continu, facilement.

Mais le sujet me prend tellement aux tripes que je me retiens. J’ai peur, je suis pétrifiée par ce que je vais ressentir en faisant évoluer mon personnage, par ce qu’Alice va vivre, tout ce qu’elle va souffrir.

C’est une première pour moi. Lorsque j’écris sur Agnès, ma princesse machiavélique c’est tellement facile parce que ce qu’elle vit ne me concerne pas directement. Je donne tout de moi, j’investis toute mon énergie et mes pensées dans les aventures d’Agnès, mais paradoxalement je ne livre rien d’intime, rien ne m’appartient dans ce que j’écris. Bien sûr comme Agnès, j’ai aimé sans être aimée en retour, mais ce n’est pas une douleur qui m’a détruite, bien au contraire j’en suis ressortie plus forte et plus consciente de mes sentiments et de ce qui se passe dans mon cœur. Et c’est cette force qui me dirige dans mes écrits sur Agnès…

En revanche sur ce sujet du deuil périnatal, pour celles qui l’ont vécu, il est difficile de dire que l’on en sort plus fortes. Nous en sortons changées, bouleversées, ébranlées, plus sensibles à la vie et à sa beauté, mais certainement pas endurcies ou renforcées.

Et de fait, tout livrer à Alice et à ce roman, voulait dire rouvrir une boîte bien verrouillée dans mon cœur, une boîte que j’ai voulu oublier et ça c’était encore plus compliqué.

Et pourtant, après l’écriture frustrante de ma première partie, j’ai réalisé qu’il était nécessaire de tout lâcher. Comment écrire à moitié ? Je ne sais pas écrire à moitié normalement. Je suis entière à 200% d’habitude. Comment transmettre les émotions sur la perte de ces bébés oubliés sans me dévoiler entièrement ?

Si je veux écrire un livre vibrant et bouleversant comme le sujet traité je dois me permettre de vibrer, de pleurer, de me liquéfier en l’écrivant. Alors évidemment c’est épuisant mais c’est aussi nécessaire pour toucher les lecteurs, pour faire avancer leur réflexion, pour les laisser avec un bout de moi à la fin de leur lecture.

C’est nécessaire aussi pour toutes ces mamans qui n’osent pas évoquer la perte de leur enfant, parce que c’est comme ça, c’est tabou, oublié. C’est tellement nécessaire pour que ce livre soit la petite boîte dans laquelle elles poseront les souvenirs et la souffrance de cette perte, en se disant : voilà, tout est là, posé sur cette étagère, mon bébé a pris vie, juste là, entre ces pages.

C’est impossible d’écrire à moitié sur ce sujet. C’est impossible d’écrire à moitié, tout court. Ecrire c’est se livrer entièrement, corps et âme. Comme je dis souvent, écrire c’est un peu comme aimer, c’est vrai jusqu’au fond du cœur, c’est authentique.

J’ai donc pris sur moi, très fort, et j’ai lâché prise sur cette deuxième partie. J’ai inspiré un grand coup, j’ai vu la vague arriver, et j’ai plongé. Je me suis autorisée à pleurer, à me liquéfier, et à tout donner. Et j’ai adoré. Mon Alice a vécu des choses fortes, formidables, elle a vibré, elle a aimé aussi, elle commence à grandir et à accepter, et moi-même je continue de grandir avec elle et d’essayer de l’accepter telle qu’elle est sans la juger (pas facile).

Et mieux encore, elle m’a surprise. Moi qui écris toujours avec un plan détaillé que je suis scrupuleusement, j’ai dû m’adapter à l’évolution d’Alice et le refaire plusieurs fois. Elle a pris vie réellement et elle est comme nous autres humains, en mutation permanente. Et mon écriture mute avec elle, mes certitudes sur mes habitudes d’auteure évoluent. C’est étrange et inattendu mais on dirait que ce livre est en train de me changer, comme si en plus d’être un travail sur mon écriture, sur ce que je suis capable de faire, ce livre était également un travail sur moi-même…

Cette deuxième partie est terminée. Je dois entamer la dernière partie. Mon plan est là, mais je sais qu’il sera encore remanié durant l’écriture, mais je ne lutte plus.

C’est passionnant, c’est épuisant…

Qu’est-ce que c’est étonnant d’écrire.

Qu’est-ce c’est bon d’écrire….

Lily

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