Rencontre avec Anaël Verdier

Bonjour les amis,

En ce vendredi lecture, j’ai invité Anaël Verdier.

Anaël est auteur et coach d’auteur. Il m’a coachée dans l’écriture de mon roman sur le deuil périnatal, Poussières de toi.

Je savais que l’écriture de ce roman serait particulièrement douloureuse pour moi et j’avais besoin d’un soutien, d’une personne à qui parler de mes doutes et de mes blocages dans la création de ce livre.

Il a été présent dans le processus d’écriture et m’a motivée chaque semaine en me rappelant pourquoi et pour qui j’écrivais ce livre, à quel point il était important pour moi et que je n’avais pas le droit d’abandonner.

Poussières de toi est sorti depuis un mois sur Amazon. Je suis fière de ce livre, fière des retours que je reçois tous les jours. Mais j’ai bien conscience du soutien que j’ai eu lors de son écriture. Je ne l’aurais pas écrit si vite, je ne l’aurais peut-être même pas terminé si je n’avais pas eu ce coach pour me pousser vers l’avant.

C’est pour cela qu’aujourd’hui en ce vendredi lecture, je voulais lui laisser une tribune pour se présenter en tant qu’auteur et en tant que coach. Je souhaitais également qu’il nous parle des livres qui ont changé sa vie et de son travail de coach, travail de l’ombre qui permet aux auteurs de mettre les livres qui dorment au fond d’eux en lumière.

Si vous avez un livre à écrire, un livre qui vous prend aux tripes et que vous n’arrivez pas à sortir, Anaël est celui qu’il vous faut. Je vous laisse le découvrir.

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1/ Bonjour Anaël, tu peux nous en dire plus sur toi, et ton parcours ?

Je suis Anaël Verdier, j’ai commencé à écrire quand j’avais six ans, un petit livre intitulé Le petit garçon découvre ses pouvoirs, que j’ai écrit, illustré et relié à la main. Je crois que j’ai toujours su que j’allais travailler comme auteur mais ce n’est qu’à seize ans que j’ai pris la décision consciente de le faire. S’ensuit un premier contrat d’édition à 22 ans, puis un diplôme de scénariste au conservatoire européen d’écriture audiovisuelle. Je travaille cinq ans comme scénariste et comme pigiste dans la presse spécialisée avant de comprendre que je ne suis pas à ma place. Ma créativité étouffe, je me sens comme un mercenaire : j’écris les histoires des autres alors que j’aspire à écrire mes propres livres.

Je décide de changer de métier et de réapprendre l’écriture littéraire, que j’ai délaissée pendant sept ans (les études, puis le métier). De blog en écoles je commence à enseigner ce que j’ai appris sur le terrain et dans les livres de dramaturgie qui me passionnent. Puis, frustré de ne pas pouvoir aller assez loin dans les écoles des autres, je fonde la mienne. Au début simple atelier d’écriture, j’en suis venu à travailler plus en profondeur avec les auteurs en accompagnement individuel, et à créer une formation complète, en ligne.

Ma liberté créative retrouvée, je me suis engagé dans l’écriture de mes fictions et publie régulièrement de nouvelles histoires.

2/ Tu peux parler du ou des livres qui ont changé quelque chose en toi, ont bousculé ta vision de la vie ou de l’écriture, tes idées…?

C’est compliqué de parler du ou des livres qui ont changé quelque chose en moi dans la mesure où ma vie a été façonnée par les livres et, plus généralement, par les histoires. Celles que l’on me lisait, celle que j’entendais les adultes se raconter, puis celles que je suis allé chercher quand j’étais en fac d’anthropologie. Le résultat est plus une tapisserie d’images, de segments de récits, de souvenirs de films autant que de lectures.

Dans les belles claques de ces dernières années, il y a What it is, de Lynda Barry, un livre graphique à la structure exigeante, à la fois biographie créative et essai sur ce qui peut empêcher les adultes de rester créatifs : un inconfort appris face au fait de ne pas savoir ce que donnera le travail, cette mythologie selon laquelle il existe de bonnes et de mauvaises œuvres qui freine l’expérimentation et l’exploration, la découverte et la rencontre avec ce qui s’exprime à travers l’acte créatif.

En fiction je reste marqué par Microserfs de Douglas Coupland à cause de la liberté formelle de ce roman dont l’histoire reste conventionnelle.

Dans ces deux cas il y a une dimension graphique au livre en plus de la recherche narrative. C’est quelque chose qui m’attire en même temps que j’ai du mal à l’intégrer à mon propre travail, qui est encore trop enfermé dans le classicisme à mon goût. J’ai aussi eu ça avec la littérature de l’absurde, Alice au Pays des Merveilles et Ionesco m’ont bien accompagné aussi à une certaine époque, je pense pour les mêmes raisons, cette capacité à jouer avec le sens.

Stranger in a strange land de Heinlein, Je suis vivant et vous êtes morts de Carrère, Sénèque, Airboy de Greg Hinkle et James Robinson, L’Art invisible de Scott McCloud, Comme par magie d’Elisabeth Gilbert, The Art of Asking d’Amanda Palmertous ces livres ont apporté de nouvelles nuances à ma vie, mon écriture, mes idées.

         

      

3/ Tu peux présenter tes ouvrages publiés et/ou tes écrits en cours d’écriture…

J’ai publié cette année deux livres dont je suis fier. Le premier, L’Artiste est un athlète comme les autres est un voyage à l’intérieur de la créativité, qui est pour moi comme un itinéraire à l’intérieur d’un projet, qui part de l’étincelle créative et se termine avec la diffusion de l’objet fini (livre, peinture, film, cours, ce que tu veux), et passe par ces phases de confiance aveugle et de doute absolu, qui en font une expérience complète, éprouvante et joyeuse à la fois. Je ne voulais pas faire encore un manuel, ni un essai théorique. Je voulais un livre qui soit comme un compagnon de voyage, un peu comme Le Livre du voyage, que Bernard Werber a sorti à la fin des années 90 et qui m’avait lui aussi bien marqué, mais à ma façon. C’est un ouvrage qui s’adresse à toutes les personnes qui ont envie de réaliser quelque chose sans que personne ne le leur ait demandé et qui ne savent pas trop par où commencer. Le livre ne dit pas: « faites-ci, faites-ça », mais il sert de carte pour se repérer à l’intérieur du monde de la créativité.

Le second, Qui a encore le temps de tomber amoureux ? était dans ma tête depuis quatre ou cinq ans avant de trouver sa forme. C’est un livre de fiction sur le désir romantique, le désir sexuel, sur les rencontres qui ponctuent la vie et ce que l’on choisit (ou ne choisit pas) d’en faire. On suit des personnages emportés dans des passions amoureuses qui retournent leur vie et d’autres qui résistent à l’incursion des sentiments, des premières fois et des dernières. J’ai voulu jouer avec la forme alors on y retrouve des textes très courts et d’autres très structurés. Il ne faut pas s’attendre à un roman mais à un assemblage de fragments de vie, de micro essais, avec beaucoup d’émotions. On m’a dit – ça m’a surpris – que c’était un livre marqué par un regard masculin sur l’amour. Je n’ai pas commencé ce livre en me disant « tiens, je vais écrire sur une vision masculine de l’amour » mais bon, je suis un homme et j’écris sur l’amour alors il y a une certaine logique. Pour moi c’est juste un livre sur l’amour, et c’est déjà beaucoup.

Je viens de finir une romance, qui tente sa chance chez les éditeurs, et je vais finir 2018 en réécrivant un roman qui questionne la place que l’on prend dans le monde. Ensuite, je respire un peu en reprenant la publication de ma série de sorcières Les Larmes Félines, qui est en stand by depuis quelques années.

  

4/ Comment et pourquoi tu es devenu coach d’auteur ?

Quand j’ai décidé d’arrêter le scénario c’est parce que j’avais besoin de temps pour expérimenter avec mon écriture, d’un métier qui ne dévore pas mon énergie créative. Je me suis rendu compte qu’au cours des sept années de ma pratique de scénariste, j’avais développé des méthodes de travail, des process, des systèmes qui m’étaient utiles pour toutes les formes d’écriture. Je me suis rendu compte que ça avait une valeur énorme pour les auteurs qui avancent en autodidacte, souvent en ne connaissant qu’une seule façon d’écrire, un seul aspect du travail, et j’ai lancé mon premier atelier. De fil en aiguille, j’ai acquis de nouvelles compétences, j’ai suivi des formations pour l’accompagnement de projets, j’ai travaillé avec des coaches, et j’ai ajouté cette dimension à mes ateliers.

5/ Quelle est la partie la plus difficile pour toi dans ce métier ?

Gérer l’impatience des auteurs. Écrire un livre prend en général plus de temps que celui que nous aimerions y consacrer. Atteindre un bon niveau d’écriture demande d’accumuler des années d’expérience, de s’autoriser à écrire beaucoup de textes mauvais ou même juste moyens si l’on veut arriver à écrire à la hauteur de ses propres exigences. Beaucoup d’auteurs résistent à cette réalité, ils ont du mal à accepter de prendre ce temps. Il y a une phrase d’Earl Nightingale que j’ai eue longtemps au-dessus de mon bureau :

«N’abandonne pas un rêve à cause du temps qu’il te faudra pour le réaliser. Le temps passera de toute façon». Je trouve que c’est un bel encouragement à persister.

6/ Quel est le plus gros défi ?

Aider l’auteur à se faire confiance. Je suis épaté par notre capacité à nous autosaboter, même à petite échelle (ne pas prendre du temps tous les jours pour avancer sur nos projets c’est déjà une forme de sabotage). Sans même aller jusque là, certains des discours que nous nous tenons à nous-même, dévalorisants, nous ne les accepterions de personne, mais de nous-même, pas de problème! Alors je vois des gens talentueux s’empêcher de découvrir ce qu’ils peuvent faire, parce qu’ils ont appris qu’ils ne pouvaient pas se faire confiance. Mon plus grand défi c’est de leur apprendre qu’ils ont le droit et qu’ils peuvent écrire leurs livres, même si leurs premières tentatives sont maladroites (tout le monde part du même point)

7/ le plus grand plaisir ?

Entendre un auteur y voir plus clair dans son projet, sortir d’une session avec une vision limpide de sa prochaine étape, en d’autres termes: voir le sens émerger.

8/ la plus grande frustration ?

Voir certains auteurs abandonner leurs projets. Je comprends l’exigence morale, psychique et émotionnelle du travail et certains auteurs ne se sentent pas prêts, ils souffrent plus qu’ils ne trouvent de joie dans le processus créatif. J’aimerais que mes encouragements suffisent à leur donner le courage de continuer, et ce n’est pas le cas.

9/ Qu’est-ce que tu apprends des auteurs que tu coaches ?

Que malgré les nuances individuelles, les difficultés sont communes à tous les auteurs, que le chemin est fait de hauts et de bas et réclame de la confiance, de la patience et de la persévérance. Ça fait du bien de savoir que l’on n’est pas seul, et de voir les auteurs bénéficier de mon aide m’encourage à moi-même demander de l’aide. On a souvent l’impression que l’écriture doit être cette expérience solitaire, parce qu’elle réclame de longues plages d’isolement pour produire les mots, mais en réalité (peut-être d’ailleurs à cause du caractère solitaire de la production) c’est une activité qui a besoin de connexion, d’échanges, de soutien moral et technique. Le savoir permet de créer pour soi de meilleures conditions, des conditions qui prennent cette dimension-là en compte.

Tu me donnes aussi tes infos de contact pour que les gens puissent te joindre ?

anael@ecrire.tv

ecrire.tv

anaelverdier.com

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